Dès l’ouverture de l’université de Nanterre, en octobre 1964, de nombreux étudiants, adhérents de différents groupes politiques (trotskistes, anarchistes, situationnistes, pro-chinois etc.) et du principal syndicat étudiant, l’UNEF, contestent le contenu de l’enseignement dispensé et la finalité des études en réclamant le droit à l’expression politique. Très critiques envers cette société de consommation, ils clament leur haine envers l’autoritarisme, l’impérialisme et le régime gaullien installé depuis 1958.
Ils sont inquiets pour leur avenir d’autant plus que, malgré une période de prospérité jamais égalée, que l’on a pu qualifier de « Trente Glorieuses », le nombre de chômeurs commence à augmenter, surtout chez les jeunes ; l’ANPE est d’ailleurs créée en 1967 par le gouvernement et symboliquement, une de ses agences sera érigée en face du campus de Nanterre. 
En outre, nombre de bidonvilles jouxtent encore la capitale, notamment celui de Nanterre, que les étudiants qui se rendent dans la faculté, fraîchement construite, découvrent ainsi que la pauvreté et la condition ouvrière.

Dans ce climat contestataire, de nombreux faits annonciateurs des événements commencent à se produire sur le campus. En mars 1967, occupation du bâtiment des filles à la cité universitaire pour revendiquer la libre circulation et la liberté sexuelle. En janvier 1968, altercation entre Daniel Cohn-Bendit, étudiant en sociologie, et le ministre de la Jeunesse et des Sports, François Missoffe  et en avril 1968, expulsion du campus du député communiste Pierre Juquin, par des étudiants pro-chinois. Enfin, l’occupation du 1er étage de la tour administrative de la faculté de Nanterre, le soir du 22 mars 1968, aboutira à la création du mouvement anarchiste du même nom : le Mouvement du 22 mars, aussi célèbre qu’éphémère. Il proteste notamment contre des arrestations opérées quelques jours plus tôt lors des manifestations contre la guerre du Vietnam. Robert Merle, prix Goncourt 1949 et professeur d'anglais à la faculté de Nanterre, consacrera d’ailleurs un roman entier à la journée du 22 mars et à celles qui l'ont précédée, Derrière la vitre, édité en 1970.
Le 2 mai 1968 lors d’une journée « anti-impérialiste », l’amphithéâtre où René Rémond, professeur d’histoire, doit faire son cours est occupé. Violemment pris à partie, il ne peut même pas y accéder. Cet incident participe à la décision du doyen, Pierre Grappin, de fermer la faculté provoquant le déplacement immédiat du mouvement de contestation vers la Sorbonne, investie, dès le lendemain, par 400 manifestants, très vite évacués par les forces de l’ordre. Jacques Sauvageot, un des dirigeants de l’UNEF, est arrêté avec plusieurs centaines d’étudiants.

Le 6 mai, huit étudiants dont Daniel Cohn-Bendit et René Riesel, leader des Enragés, sont convoqués par le rectorat en commission disciplinaire. Ils seront soutenus par les professeurs de Nanterre, Henri Lefebvre, Guy Michaud, Alain Touraine et Paul Ricoeur. Des manifestations violentes avec jets de pavés et édification de barricades sont organisées contre les forces de l’ordre. Mais face à la violente répression policière lors de la nuit du 10 au 11 mai quand on dénombre des centaines de blessés lors de la prise d’assaut par les CRS des 60 barricades édifiées par les étudiants au Quartier latin, la population commence à prendre fait et cause pour les étudiants. Le mécontentement dans le milieu étudiant est relayé par celui qui se profilait depuis plusieurs années dans le secteur ouvrier.

Les manifestations violentes vont débuter et entraînent le 14 mai une grève générale qui va finir par paralyser la France entière. Durant quinze jours, manifestations et violences urbaines vont rythmer le pays conduisant à la « disparition » le 29 mai du général de Gaulle qui s’est en fait envolé de l’héliport d’Issy-les-Moulineaux pour aller à Baden-Baden s’assurer auprès du général Massu d’un soutien de l’armée.

A partir du 30 mai, jour d’une grande manifestation de soutien au gouvernement, la situation se renverse peu à peu et le pouvoir reprend les choses en main.
Les élections des 23 et 30 juin qui voient les gaullistes emporter la majorité absolue à l’Assemblée nationale marquent un point final aux événements de mai 1968.

L'atelier populaire

Le 14 mai, l’Ecole des Beaux-Arts, qui est en grève depuis le 8 mai, est occupée par quelques étudiants qui se retrouvent dans l’atelier de lithographie pour tirer une première affiche : « Usine, Université, Union ». Le 16 mai, un certain nombre de participants, élèves et peintres de l’extérieur décident d’occuper les ateliers de peinture. A l’entrée, ils écrivent : « ATELIER POPULAIRE : OUI Atelier bourgeois : NON ». C’est le début de l’Atelier populaire, composé d’un atelier où l’on conçoit les affiches et de plusieurs autres où on les réalise (sérigraphie, lithographie, pochoir, chambre noire), qui va produire entre le 14 mai et le 27 juin, date de l’occupation de l’Ecole par la police, plus de 350 affiches différentes. Conçues pour les travailleurs en lutte et le plus souvent réalisées avec leur collaboration active, elles représentent la solidarité naissante entre eux et les étudiants. De nombreuses affiches illustrées, accompagnées de slogans révélateurs du soutien des étudiants à l’action de la classe ouvrière, fleurissent sur les murs de Paris.